Mathilde Rives

Mathilde Rives

L’horizon de la ligne

 

En résidence du 15 juillet au 4 septembre 2020

Exposition du 4 septembre au 9 octobre 2020

Texte

Mathilde Rives imagine une société où la communication a pris le pouvoir. Le langage n’est plus un outil, ni un moyen, mais une réalité autonome, un phénomène indépendant : toutes les paroles prononcées prennent forme, se matérialisent, et occupent l’espace. Les fautes (d’orthographe, de prononciation, d’accord) se réalisent tout autant. Les expressions et les métaphores ont peu à peu disparu des conversations. La parole doit être efficace et ciblée. Ainsi, les individus, par manque de place, ne se parlent plus ou peu. C’est un monde où les individus croulent sous le poids des mots, ils sont empêchés d’agir. La pensée se cogne, se heurte à toute cette accumulation.

Nous voilà dans un monde compliqué. Le seul avenir envisageable est donc en toute logique, un futur compliqué. Mais quelqu’un a entendu dire qu’il existerait un futur simple. L’enjeu est là : faire basculer le futur compliqué vers le futur simple. Mais comment s’y prendre pour dévier le futur ? Quels moyens, quels outils, quelles techniques, quelles formules, quels rituels utiliser ? Le bruit court qu’il faut le remettre dans le bon sens. C’est toute la difficulté de ce renversement, comprendre que le bon sens n’est pas une direction, mais quelque chose dont on manque, qui a disparu, qui se fait rare, en voie d’extinction. Une pratique oubliée. Le bon sens. Il sera un liant, un trait d’union qui réunira les personnages, leur permettra d’agir ensemble, les obligera à réfléchir à plusieurs. Il servira à faire passer des éléments d’un futur à l’autre, à y voir plus clair.

Mathilde Rives nous fait assister au moment invraisemblable de la découverte de la possibilité du futur simple. Elle creuse explicitement la question du langage en image, et questionne sa place dans une société dévorée par les slogans.